10 ANS APRÈS, de l’insouciance à la mémoire

Le 6 novembre 2015, nous prenions la route.

Départ un peu fou, un pas de côté teinté d’insouciance.

Une parenthèse qui s’ouvre loin du « boulot, métro, dodo » et des petits tracas du quotidien.

Nous avancions sur un petit nuage qui portait un nom simple et précieux : la liberté.

Liberté

La liberté, cette sensation qui se niche dans les têtes et allège les épaules.

Plus de pression au travail, plus d’échéances, plus de factures…

La France semblait loin : son actualité, ses débats, ses contrariétés quotidiennes.

Jusqu’au jour où, dans un supermarché néo-zélandais, une caissière nous annonce — avec effarement — la tuerie du Bataclan. Même loin, la nouvelle nous a secoués. Mais le voyage devait continuer, et nous avons lentement retrouvé notre rythme, nos découvertes et nos petites joies quotidiennes.

Pinocchio, notre mascotte, égayait nos journées et racontait à sa manière nos épopées et nos délires.

Manques

Très vite, malgré l’euphorie, les enfants, la famille et les amis nous manquent.

Vos défis, vos messages, vos commentaires deviennent des respirations précieuses.

Ils comblent les coups de blues.

La venue d’Hélène et de Léa nous remplit le cœur… et leur départ le déchire aussitôt.

Us, Coutumes, Mœurs

Nous voulions comprendre le monde autrement : découvrir d’autres rites, d’autres gestes, d’autres façons de croire, de vivre, de manger.

Nous avons vu autant de temples en Inde ou en Asie qu’il y a d’églises en Europe.

Nous avons découvert que la foi n’a ni frontière ni langue.

Que l’on peut déguster un repas merveilleux assis sur un trottoir.

Que les maisons du Pérou ou de Bolivie n’ont pas de cheminée.

Et que partager pleinement le quotidien des habitants reste difficile, parfois impossible.

Le voyage rapproche… mais il rappelle aussi la distance entre les mondes.

Rencontres

Pourtant, nous avons fait de belles rencontres, souvent dans les endroits les plus improbables :

Aurélie et Stéphanie à Potosí,

Medhi en plein désert de l’altiplano,

Pauline et Arthur à Tupiza,

Marie au Brésil…

Gill et Bernard au pont de la rivière Kwai

Et au Vietnam, ce moment suspendu au café Brassens où nous avons dansé avec Georges, un habitant du coin.

Rares moments où nos univers se sont frôlés, touchés, mêlés.

Treize pays

Au retour, nous étions presque surpris de redécouvrir la beauté des paysages français.

On nous a tant de fois posé les mêmes questions :

Quel pays avez-vous préféré ? Lequel vous a donné envie d’y vivre ?

Avec le recul — et même sans — c’est la France qui s’impose.

Pour sa diversité, sa culture, sa gastronomie.

Nous sommes des privilégiés râleurs qui ne connaissent pas la misère.

Et non, la misère n’est jamais plus belle au soleil.

Nous avons adoré :

  • les paysages sauvages et changeants de Nouvelle-Zélande, le vin de Cloudy Bay, le Tongariro Alpine Crossing ;
  • l’Australie, sa Great Ocean Road, les Douze Apôtres, Melbourne, Rosebud, et cette famille en or : Marie Trees, Jean, Julie, Jacquie… ;
  • l’Inde, qui passée l’arnaque du début nous a envoutés, notre guide Ameen, les palais des Maharajas, le Taj Mahal, Varanasi, le Kerala, ses épices, ses odeurs, ses klaxons, sa misère aussi ;
  • la Thaïlande, Ko Lanta, Ko Kut, la boucle de Mae Hong Son, les repas de rue, et l’arrivée inoubliable de nos amis « les ours », liberté totale en scooter ;
  • le Vietnam, Hanoï, la baie d’Along, Hue, Hoi An, Saigon et le delta du Mékong ;
  • le Cambodge, Angkor, le bamboo train, Siem Reap ;
  • le Laos, Paksé, le plateau des Bolovens, le village Katu et son café, Vientiane, Vang Vieng, les chutes de Kuang Si, et cette période où nous étions en « mode rien envie de faire », bercés par la douceur des jours ;
  • le Pérou, Nazca, le canyon de Colca, le Machu Picchu ;
  • la Bolivie, le désert d’Uyuni, le lac Titicaca ;
  • l’Argentine, Salta, le Cerro de los Siete Colores, la route 40 ;
  • le Chili, Valparaiso ;
  • le Brésil, Iguaçu, Paraty… même si la fatigue nous a parfois empêchés d’en profiter pleinement.

Durant ces mois-là, le seul guide que nous avons suivi n’était pas spirituel ni philosophique, mais bien un guide touristique, compagnon modeste d’une grande aventure.

Le retour vers le futur

Et puis il y a eu cette fichue annonce sur le Bon Coin : un restaurant à vendre en Corrèze, surgissant de France comme un rappel brutal à une réalité dont nous ne voulions pas encore.

Une intrusion malvenue, presque indélicate, qui s’est immiscée dans notre aventure et a fendu l’insouciance de nos derniers jours.

Alors que nous vivions encore au rythme du voyage, certains semblaient déjà décider de ce que serait “l’après”, sans imaginer qu’en un seul message, ils perturbaient un peu la magie de notre périple.

Heureusement, la dernière escale à Londres, avec Léa et des amis venus tout spécialement pour clôturer l’aventure, a offert une fin lumineuse à notre périple. Merci à nos amis « fidèles ».

La suite se jouera en Corrèze… mais c’est une autre histoire, encore tapie dans les coulisses, qui attend peut-être son moment pour être racontée car tellement insolite, tellement dense, et un peu douloureuse aussi. Il faut du temps pour que cette narration murisse.

10 ans après, que reste-t-il ?

Des images, des parfums, des sons.

Des routes en lacets, des visages croisés puis perdus.

L’odeur des épices, le goût du pad thaï, la poussière rouge, la pluie tropicale.

La sensation d’être vivants, vraiment.

La certitude que ce voyage a changé quelque chose — en nous, entre nous.

Loin de tout, face à l’inconnu, nous avons découvert une nouvelle façon d’être ensemble. Ce voyage a renforcé notre couple, révélant ce qui nous unit vraiment, ce qui résiste, ce qui grandit.

Gageons que la pensée de Pablo Neruda ne nous quitte jamais

Alors aujourd’hui encore, nous décidons de ne pas nous laisser enfermer dans l’habitude et de continuer à oser, à rêver, à modifier notre trajectoire, à suivre notre cœur. Et là, nos filles s’inquiètent !!

« Il meurt lentement celui qui ne change pas de cap lorsqu’il est malheureux au travail ou en amour, celui qui ne prend pas de risques pour réaliser ses rêves, celui qui, pas une seule fois dans sa vie, n’a fui les conseils trop sensés. » – Pablo Neruda

Dix ans plus tard, l’envie d’écrire est revenue frapper à la porte. Remettre des mots sur ce voyage, c’était le prolonger encore un instant, raviver la lumière des souvenirs, et retrouver ce blog comme on retrouve un vieux compagnon de route. Peut-être pour mieux s’élancer vers une nouvelle page de notre histoire…

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